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50 ans de vie presbytérale dans la communauté prémontrée

père Charles Brackniers,
Chanoine Régulier de Prémontré

Charles BrackniersLe Seigneur est la source et la fin de 50 ans de vie presbytérale dans une communauté prémontrée : est-ce possible ?

Oui, je l’ai vécu avec le Seigneur et je suis assez heureux pour le célébrer avec tous ceux que j’aime. Cela a-t-il été facile comme un rêve sur des nuages roses? Non, mais le Seigneur m’a donné la persévérance et l’enthousiasme nécessaire.

Comment le Seigneur donne-t-il cet enthousiasme?

• D’abord dans une tendresse dont le Seigneur imprègne la personne. Il est bon de vivre ses relations avec les autres comme résonnance entre deux fragilités. L’acceptation de cette vulnérabilité est plus féconde si elle est réciproque. Par la tendresse deux fragilités entrent en relation : “Le coeur de pierre devient coeur de chair”. Il est intéressant de créer des relations avec beaucoup d’imagination pour rester amoureux d’une communauté.

• La communication est aussi centrale tant des joies que des peines. Il faut partager son vécu intérieur ! C’est en se disant que la personne se comprend et se bâtit. Oser exprimer ses valeurs les plus profondes, même si on expérimente perpétuellement les limites de ce qu’on peut communiquer. De fait, on garde toujours une part de solitude, même dans les plus beaux moments de sa vie. Mais plus on met sa vie concrète en commun, plus réelle devient l’unité avec les autres. Le contraire est malheureusement aussi vrai : là où le mutisme s’installe, la vie communautaire s’effrite. Oui, c’est dans la vie quotidienne que ce choix se décide; choix de risquer le partage ou
de s’enfermer dans une sécurité blindée.

• Les bons amis, dans ou en-dehors de la communauté, donnent des moments de bien-être. La communauté aimante est ouverte, elle respire, donne la paix et envoie vers de nouveaux horizons d’espérance, de courage, d’humilité, de pardon. La personne vit en communauté pas seulement pour aimer et être aimé, elle fait alliance pour porter du fruit ensemble avec les autres; la fécondité spirituelle reste le premier but de cette communion.

• Réaliser un même projet pendant 50 ans ce n’est pas un rêve, c’est croire en la volonté, c’est croire en la liberté, en son pouvoir de toujours recommencer. La conviction intérieure personnelle de chacun des membres de la communauté est la base de notre liberté, même si parfois d’autres partagent leurs attentes déçues.

• La confiance est l’âme de la fidélité : tous sont marqués par leurs blessures, mais la confiance prend toute sa force si on est convaincu que réside en l’autre une source plus profonde que toutes ses imperfections. La confiance est la victoire sur la peur, peur de perdre l’autre et soi-même, peur d’être ridiculisé, peur de l’avenir. La confiance de fond stimule les forces, convainc l’individu qu’il est sur le bon chemin, lorsqu’il pose des actes de don, de pardon.

• Le pardon n’est pas l’excuse, ni l’oubli d’une geste subi ou posé. Il est renouvellement du don, don par-delà l’offense. “J’ai eu de la peine, je considère que tu es responsable de ton acte, mais je ne te réduis pas à ton acte, je te renouvelle ma confiance, je ne considère pas ton offense comme une dette que je devrais te faire payer: je te remets cette dette, je veux un commencement nouveau avec toi.” Aux yeux de la foi Dieu seul est capable de pardonner absolument, de recréer vraiment. Sans la force divine pour vivre le pardon, le pardon risque d’être partiel et incertain.

• La patience, une vertu pas simple à acquérir: Tout fonctionne plus vite aujourd’hui mais ... donner naissance à un enfant prend encore toujours neuf mois, devenir adultes exige encore aujourd’hui plus que 15 ans. La vie en communauté connaît ses lenteurs inévitables. Sagne écrivait à son ami : “Je consens au temps qui est le tien, à tes lenteurs, à tes faiblesses tout en reconnaissant que je dois faire le même travail à l’intérieur de moi-même. Aimer quelqu’un c’est lui donner du temps”. Une citation de Thérèse d’Avila a bien sa place ici : “Que rien ne te trouble, que rien ne t’effraie, tout passe, Dieu ne change pas, la patience obtient tout, Celui qui a Dieu ne manque de rien, Dieu seul suffit.” 1.

L’Amour comme grâce : aimer c’est trouver sa vie dans l’autre; ceci ne relève pas du ressenti, du physique; il est un acte réel de don. Accueillir l’autre comme il est. La vie communautaire est un long apprentissage du don. Cela ne s’apprend pas en un jour. Le don appelle un acte de conversion, c’est une grâce, un cadeau reçu de Dieu. Toute personne entre dans cette nouvelle dimension de la vie, alors qu’il est dynamisé par la générosité. Le propre du croyant est de nommer cette source et de la reconnaître, en lien avec la communauté, comme l’expression du Seigneur vivant dans le coeur des autres ou de soi. Le Seigneur parle à travers les Écritures, à travers le silence du coeur, à travers l’amour des frères et soeurs. La vie spirituelle comme la vie communautaire est à la fois repos et combat: repos parce que la personne se sent totalement en paix et dans la joie, mais aussi combat parce qu’elle ressent en elle des résistances et des forces contraires.

• pour entrer dans la dynamique pascale de la vie communautaire, il est nécessaire de mourir ... à tout ce qui lui est contraire. Il faut lâcher beaucoup de choses pour faire alliance avec les autres. Tous les jours les personnes doivent se dépasser, renoncer à quelque chose qu”elles aiment pour rechoisir librement cette alliance avec le Seigneur, qui s’exprime le mieux à travers l’amour pour les autres dans la communauté et en-dehors d’elle. L’unité communautaire, locale n’est pas une fin en soi; elle devient participation à une unité plus grande, plus profonde. C’est près de la source divine que l’humanité se retrouve. Dans la foi, dans la prière, les disciples du Seigneur entendent : ”Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi; qu’eux aussi soient un en nous.” (Jn 17,21) Cela prend toute une vie pour expérimenter cette prière. Rien n’est jamais acquis, tout peut toujours être remis en question. Au coeur de l’imperfection l’homme vit l’essentiel, le don au milieu de l’égoïsme, la plus forte solidarité au coeur des solitudes, la joie alliée à la souffrance. La vie communautaire vécue comme aventure spirituelle ne supprime pas les fragilités : elle conduit l’humain à les habiter autrement, dans la force de notre partenaire éternel : “Car lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort.” (2 Co 12,10)

(Texte fortement influencé par celui de Xavier Lacroix dans “De chair et de parole” p.87-134)

1 Poésies, in “Oeuvres complètes” Éd Cerf 1995, p.1242.

 

 

 
   

Les Prémontrés de Saint-Constant
Québec, Canada
www.premontre.ca